Tout le week-end, les groupes se succèdent à l’espace Landowski pour le tremplin Go West : un concours de musique amplifiée qui sélectionne les meilleurs en vue du festival BBMix, à l’automne.

Pascal Bouaziz s'occupe de Go West depuis sa création

Pascal Bouaziz s’occupe de Go West depuis sa création

Les 31 mai et 1er juin, 20 groupes de musiciens se succèdent sur la scène de l’espace Landowski. Tous concourent dans le cadre du tremplin Go West, créé il y a cinq ans à l’initiative de Pascal Fournier, adjoint à la Culture. « Pour concourir, il faut qu’au moins un membre du groupe soit Boulonnais » explique Pascal Bouaziz, responsable de l’événement ainsi que du festival BBMix. Pour être retenus, les groupes ont dû envoyer une démonstration de leur travail au service des musiques actuelles de Boulogne-Billancourt. Le premier critère de sélection tient à l’originalité : un répertoire original, une démarche de création totale sont privilégiés. Ensuite, le jury ne s’oblige à rien, et ne cherche pas à proposer un panel de genres : c’est la qualité qui prime. Sur les 20 présélectionnés pour le tremplin, dix seront invités à se produire pour la fête de la musique, trois pour un concert sur le parvis de l’Hôtel de Ville, et un ou deux participeront à la prochaine édition du festival BBMix. Par ailleurs, le tremplin est doté d’un prix du public, pourvu par la FNAC, et d’un prix Go West.

« Le gagnant va être suivi durant un an, avec des rendez-vous publics, comme la fête de la musique et BBMix, mais également en studio, puisque nous lui offrons un enregistrement » développe Monsieur Bouaziz. Et le tremplin porte bien son nom : en cinq ans, plusieurs artistes ont pris leur envol, à l’instar de Mrs Good, John&Betty ou Tazieff l’an dernier. « Ils sortent des albums, font des tournées en France, et parfois, on les retrouve à Rock en Seine ! Être passé par le festival BBMix, sur un CV, c’est très classe. » Mais au-delà de ces succès, le tremplin apporte en soi son lot de satisfactions : « Pour beaucoup de groupes, c’est la première occasion de se produire sur scène, avec du vrai matériel et des professionnels du son à leur service » explique Monsieur Bouaziz. On ajoutera les conseils rigoureux d’un jury de spécialistes, parmi lesquels Stan Cuesta, Eric Tandy, Jean-Jacques Nyssen ou Emmanuelle Segura.

Anne Darban, "J'ai fait peau neuve"

Anne Darban, « J’ai fait peau neuve »

Cette expérience était patente cet après-midi, où plusieurs groupes nous ont livré leurs impressions.

Anne Darban, n’était pas une inconnue du tremplin Go West. Cette jeune chanteuse, qui s’accompagne au piano, multiplie ce genre de rendez-vous afin de rencontrer d’autres musiciens : « Je donne des concerts depuis un an, et je voudrais bien enregistrer un disque, je suis d’ailleurs en contact avec un arrangeur. Mais je cherche des musiciens ! » nous confie-t-elle. Cette quête recoupe les observations du jury, qui lui a recommandé de se faire accompagner par d’autres musiciens. On a, de notre côté, apprécié ses textes ciselés, et les très jolies modulations de sa voix parfaitement juste.

Mushi, "Rendez-vous" - guitare, voix et Ipad

Mushi, « Rendez-vous » – guitare, voix et Ipad

Autre groupe, autre histoire. Mushi s’est formé il y a une dizaine d’années, et s’est recomposé il y a deux ans, autour de Mathilde, la chanteuse, Romain au son et Thomas à la guitare. Très empreint, dans la mélodie de ses refrains, des années 80, le groupe s’apprête à sortir son premier EP. Avec pour tâche délicate de lancer le tremplin, sur scène, la chanteuse déploie une belle énergie, enchaînant les couplets dans un anglais parfait, sur une musique très entraînante. Le jury, attentif aux inspirations du groupe, l’engage, à repenser son rapport à ses références, afin de donner plus d’unité à l’ensemble, suggère davantage de « folie » dans la scénographie et salue la très belle voix de la chanteuse.

Le tout jeune groupe Helios - "parce que nous faisons de la musique solaire !"

Le tout jeune groupe Helios – « parce que nous faisons de la musique solaire ! »

Le groupe Helios, de son côté, est d’histoire bien plus récente, puisque formé en janvier 2014 ! Tous musiciens de longue date, ils pratiquent un pop rock en français. Go West est leur première scène sous cette formation. Dans les coulisses, l’ambiance est bonne, bien qu’ils confient être intimidés par le jury. « Mais on aura un retour pro, c’est super ! » s’enthousiasme le chanteur. Sur scène, les quatre musiciens dégagent beaucoup de charisme et on accroche bien à la musique, mais le jury est sévère ! Des arrangements trop compliqués, la volonté de trop en faire… « c’est super intense tout en n’étant pas complètement calé » résume un membre. Mais le jury n’est pas avare de conseils. A l’applaudimètre, le public redresse la barre ! Et on attend de les retrouver en ligne pour réécouter leurs chansons.

Imaan, totalement habitée par sa musique, a conquis les auditeurs et le jury

Imaan, totalement habitée par sa musique, a conquis les auditeurs et le jury

Peu avant, Imaan venait de remporter un triomphe. Accompagnée de sa seule guitare après que ses deux musiciens lui ont fait faux bond, cette étudiante en LEA a littéralement hypnotisé la salle avec sa voix dense et remarquablement maîtrisée, et ses accords en arabesque. Au sommet de l’applaudimètre à ce stade de la compétition, la chanteuse a également fait l’unanimité auprès du jury, qui l’a couverte de louanges : « un univers immédiat,« , « un chant qui invite à l’empathie… » mais quelques conseils quand même : retravailler ses loops et ne pas hésiter à changer de mood pour être plus dynamique. Surprise de son succès, Imaan a écouté les conseils avec beaucoup d’attention. En coulisse, elle nous raconte son parcours : arrivée à Boulogne ado, ses parents ont commencé par lui remettre le livret des activités pour qu’elle en choisisse une. « Quelle chance de pouvoir pratiquer une activité ! » se réjouit-elle encore, des années plus tard. Elle opte pour la guitare : « Ça a été mon amour ! Je me disais que je serais la nouvelle Jimmy Hendrix ! » raconte-t-elle. Mais au bout d’un an, elle doit cesser de prendre des cours. Elle poursuit alors seule, et commence à passer des auditions. C’est là que le souci de la voix lui est venu, en écoutant les autres : « Ils étaient tous à côté de la plaque du chœur. Alors je me suis dit ‘Tu n’as qu’à t’y mettre !’ » Depuis, les deux sont intimement liées : Imaan cherche l’inspiration à la guitare, selon un processus qu’elle décrit bien – « C’est mon âme qui cherche les notes » explique cette musicienne sincère, pour qui on ne peut écrire sur commande. « Il faut que j’aille à la guitare comme si j’avais faim. » Une fois la mélodie trouvée, elle compose les paroles en écriture automatique. Le tremplin Go West était sa première scène – « Quelle chance merveilleuse ! » – mais en dépit du succès, la musicienne garde la tête froide quant à sa prestation : « Le son y est pour beaucoup. Le jury a eu raison de me dire ‘Lâche-toi !’ j’étais tellement stressée que je n’avais pas le cœur ouvert. »

On ne peut que vous inviter à vous rendre à l’espace Landowski demain après-midi à partir de 16h pour la suite du concours, afin d’apprécier la fraîcheur et la franchise des musiciens, la variété de leurs talents, et, peut-être, grâce à l’applaudimètre, désigner l’un des lauréats !