Encore une exposition festive chez Exit Art Contemporain qui invite trente artistes, autant de facettes de l’art contemporain dans le cadre de son exposition annuelle – All are guests . Sont-elles aussi rythmées, joyeuses que la sculpture cinétique d’Arièle Rozowy qui nous accueille à l’entrée ? Leur mise en espace est, en tout cas, riche d’une multiplicité de points de vue avec des correspondances singulières d’une œuvre à l’autre.

La plupart des artistes seront présents à la galerie le samedi 11 janvier de 15 à 19 heures .

 

Réflexion du support : glace ou plexiglas ?

 

Le miroir doré sur lequel Olivier Diaz de Zarate inscrit son portrait donne une aura réfléchissante qui illumine le sujet comme une icône moderne. En la simulant à la perfection, le travail du peintre va au-delà de la réalité, de la notion d’identité personnelle. A travers ce miroir de la perception, une relation émotionnelle intense s’initie avec le spectateur.

Olivier Diaz de Zarate et Muriel Rodolosse

Autre matière à réflexion, le plexiglas est le support choisi par Muriel Rodolosse pour ses paysages. Il confère une luminescence et un polissage particulier à cette figure de sapin pris sous la neige peint comme l’envers d’un décor. Une illusion presque photographique s’installe.

 

Rythme et modularité dans la composition

 

On reste fasciné par la structure de la photographie de Bruno Fontana qui instaure un rythme à travers la répétition infinie d’un motif, un simple balcon de grand ensemble sans profondeur de champ. Le procédé nous renvoie au désenchantement d’un monde fermé, à l’incommensurable ennui d’une vie où l’homme est écrasé par l’univers qu’il s’est créé. Il n’est pas étonnant que le dernier roman de Houellebecq soit illustré par ce cliché en couverture de son édition audio .

Bruno Fontana – Sophie Mabille

A l’opposé, la composition de Sophie Mabille à partir d’une vue de gratte-ciel modulée en douze éléments qui composent un carré magique introduit le mouvement, la distorsion des plans qui traduit un élan savamment orchestré. Le tourbillon se répète sur un rythme parfaitement construit, l’envolée est contenue par la stabilité du cadre démultiplié.

 

Autel de la mémoire et ex-voto moderne

 

Dans un coin de la galerie, une installation de Marie Rameau se dévoile comme un autel de mémoire, recueil de photographies de lieux, de simples objets dans des formats divers qui composent un tableau. Il ne s’agit pas, en fait, d’une installation, chaque petit cadre est vendu séparément, mais qu’importe, l’effet est là. On plonge alors dans la douceur du souvenir avec une mélancolie toute tchekhovienne.

Marie Rameau – Lorka

 

 

Plus loin, une série de personnages découpés, puis épinglés et inscrits dans un cadre de la plasticienne Lorka attire l’attention. Celui qui s’intitule « On a été coupés » est incisif, drôle, à l’image d’une modernité dépourvue de sens, analysée par un entomologiste.

 

Immersion dans l’instant et abolition du temps

 

Avec l’étang de Raphael Renaud, nous entrons de plain-pied dans l’eau glacée, noire. C’est une immersion dans la couleur et la lumière, au plus près de la sensation brute saisie dans l’instant par la peinture. Le choc est presque tactile.

Raphaël Renaud

Le photographe Patrick Bock a, lui, pour unique sujet la ligne d’horizon infinie de la mer. Le spectateur plonge dans un océan bleu turquoise blanchi, laiteux comme les eaux de la Tamise sur certaines toiles de Whistler. La couleur se réduit à deux plans successifs modulés, l’eau et le ciel. La contemplation pure confine à l’abstraction comme sur les toiles de Rothko dont il reproduit le format. Aux confins de la peinture, la photographie n’a presque plus de matière ou de sujet photographique puisqu’il se dissout dans la couleur pure. La mer n’est plus que calme absolu, immensité pleine, temps aboli.

Elle est retrouvée
Quoi ? – L’éternité
C’est la mer allée
Avec le soleil
Arthur Rimbaud – L’éternité

 

Patrick Bock

 

 

Galerie ouverte du mercredi au samedi de 14h30 à 19h30

Rencontre avec les artistes samedi 11 janvier de 15h à 19h

Exit Art Contemporain
2 place Denfert-Rochereau
92100 Boulogne-Billancourt
Metro Boulogne Jean Jaurès
Tel : 06 80 45 23 01
www.exit-art.fr