De 1953 à sa mort, Camus a adapté six pièces dont Un cas intéressant en 1955. Marité Gaudefroy l’a mise en scène avec sa troupe Scène 92 et présente à l’Espace Bernard Palissy (ex TOP) du 27 septembre au 7 octobre une réflexion sur  le pouvoir du corps médical … mais pas seulement.

Un cas intéressant ou l’histoire d’une manipulation

 

L’intrigue est la suivante  : Giovanni Corte, homme d’affaires surmené, entend ou croit entendre par intervalles, une voix de femme. Il refuse, malgré l’insistance de sa famille, d’aller passer un contrôle dans une clinique. Il s’y rend finalement pour une simple visite, mais là, les Docteurs Claretta et Schroeder, souriants, aux visages rassurants (impénétrables mais pourtant lourds de sous-entendus) persuadent Corté, en dépit de sa résistance, de se laisser hospitaliser pour une subir une petite intervention chirurgicale, une formalité. Aussitôt pris en charge, il se trouve hospitalisé au sixième et dernier étage de l’établissement. Mais pour des commodités d’hébergement ou des nécessités thérapeutiques, il est conduit à descendre d’étage en étage…

 Dans la salle d’attente de l’hôpital, chacun attend son tour. Giovanni Corté compatit  DR

Et là, commencent une dégringolade mentale, une chute progressive et insidieuse des capacités vitales chez l’homme d’affaire autrefois dynamique et vaillant. Quand, après plus d’une heure de mise en contexte nécessaire (Corte à son bureau, Corte en famille, avec les premières migraines et hallucinations) commence la seconde partie qui a lieu à l’hôpital, un climat pesant s’installe  : au fil de la pièce, Corte voit son état empirer progressivement tandis qu’on lui fait peu à peu descendre les étages sous des prétextes présentés comme futiles comme lui explique le Docteur Claretta  :…j’allais oublier, il y a une petite complication… il ne reste plus de chambres libres à cet étage…il faudra que nous descendions à l’étage du dessous… une question de 2 ou 3 jours tout au plus… Allons ne faites pas l’enfant. Je comprendrais encore si c’était pour une raison médicale, si votre état s’était aggravé. Mais l’opération a réussi au delà de nos espérances…


Giovanni Corté est descendu du 6ème au 1er étage de l’hôpital. Sa fin est proche… DR

 

A propos des médecins on pense à «  Knock «  ou à  » La mort d’Ivan Ilitsch  » … en plus lent et en plus long. 2H30 sur scène pour laisser monter l’angoisse de voir un patient manipulé, une famille désarmée, un corps médical s’acharner autour d’expériences qu’on découvre plus tard être la lobotomie, encore pratiquée dans les années 50. Et pourtant tout est très moderne comme le raconte Marité Gaudefroy  : «  Le texte écrit dans les années 50 démontre toute l’étendue encore à parcourir pour la médecine. Le sujet, dès lors qu’il s’attaque à cette institution, est difficile.  Pour moi il était évident que Corté souffrait de ce qu’on appelle aujourd’hui un «  burn-out  » lié éventuellement à un début de schizophrénie. Rien pour guérir de la dépression non plus à cette époque  ».

 

Une mise en scène qui trouble et fascine à l’image du texte

 

La mise en scène de la pièce de Dino Buzzati sur une adaptation d’Albert Camus est à l’image du texte  : elle trouble et fascine, car il s’agit d’une chose qui touche le spectateur et le dérange… C’est une histoire humaine, très humaine, intelligente, à laquelle participe le corps du spectateur… comme celui-ci qui à la sortie de la pièce dit  : «  j’ai pris une sacré douche avec cette pièce, elle m’a fait réaliser beaucoup de choses  »  ! Et oui, elle parle de l’essentiel, rappelle inexorablement que les choses matérielles ne sont rien à côté de la vie même  » conclut Marité

Autour de Giovanni Corte, rôle fortement porté par Sébastien Gimenez, la troupe de Scène 92 alimente le suspens, dans un sobre décor efficace  : les tableaux se succèdent en étirant le temps et, quand on se retrouve à l’hôpital, l’allégorie de la mort plane dans la chambre, les discours des médecins ont l’effet de somnifère sur le patient  ; l’air manque et peu à peu, on se retrouve au 1er étage.

On ressort touchés par le sujet, et comme à son habitude, par l’énergie que la troupe met dans une pièce exigeante et dérangeante, qui fait réfléchir et ne laisse pas indifférent.

 

Contact   : http://SCENE92.FR

Du Jeudi 27 septembre 2018 au dimanche 7 octobre 2018 – Places 20€ – Boulonnais 10€

Jours de représentation / concernés – jeudi – vendredi – samedi – dimanche Horaires : 20 H 00 sauf le dimanche 15 H

 

 

 

 

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