Le tableau des "en attente" derrière le comptoir de la boulangerie

Le tableau des « en attente » derrière le comptoir de la boulangerie

« C’était un soir,  après la fermeture de la boulangerie. Un petit vieux  faisait les poubelles juste devant la boutique. Je suis allé lui proposer à manger ; mais il n’en voulait pas. Il avait honte et disait qu’il n’avait besoin de rien ; mais il avait faim. Il a fini par accepter en me racontant qu’il était malade, que tout son argent passait dans les soins et qu’il n’en avait plus pour manger. A ce moment j’ai décidé de faire quelque chose. »

Didier Lopez a les larmes aux yeux en me racontant cette histoire, sa voix s’étrangle : d’émotion, de colère.  Au-delà de l’acceptable pour lui ; comme pour moi, et probablement comme pour vous.

Didier dirige la boulangerie Didoos ou boulangerie des Abondances depuis huit ans et depuis huit ans il offre l’invendu de sa production aux associations – la Croix-Rouge vient deux fois par semaine, le Samu Social distribue son pain dans Boulogne ; et il donne lui-même directement à des personnes dans le besoin.  Il fabrique de quoi  nourrir les boulonnais, et quand il en a trop fait, il le donne. C’est simple et cela lui semble une évidence. Et il ne parle pas de manque à gagner, de perte de production et d’optimisation de chiffre d’affaires ; et pourtant c’est un entrepreneur qui pilote son entreprise avec soin.

Cette année, ce vieil homme l’a amené  à s’engager un cran plus loin en embarquant ses clients dans son action. Un pas de plus pour amener tous ceux qui passent par sa boulangerie à se sentir responsables et solidaires et à agir, eux-aussi, pour lutter contre la faim de leurs voisins, silencieux et discrets mais hélas affamés. Car cela existe, même dans les villes de l’ouest parisien, malgré les aides sociales et les restaurants du coeur.

L’engagement proposé prend la forme d’un cadeau anonyme : en achetant sa baguette un client peut en financer une seconde – à 0,60c au lieu de 0,95c. Celle-ci est représentée par un coeur rose sur un joli tableau noir derrière le comptoir jusqu’à ce qu’elle soit donnée par la boulangerie. Un don facile, anonyme et qui ne peut gêner celui qui le reçoit. Et un don qui se voit et incite à donner ; pour qu’il y ait de plus en plus de coeurs roses sur le tableau noir et qu’ils s’envolent vite lorsque les baguettes sont prises. On peut aussi donner du café ainsi, et même de l’argent.

Didier Lopez devant la Boulangerie des Abondances

Didier Lopez devant la Boulangerie Didoos ou Boulangerie des Abondances

La solidarité proposée prend la forme de sourires ; le sien, celui des vendeuses et surtout celui qui est dessiné sur le tableau. Un sourire, des coeurs : c’est un partage, une solidarité, une chaleur. Pas la charité. Un accueil qui réchauffe l’âme autant qu’il nourrit le corps.  Un acte humaniste, politique et citoyen que l’on peut encourager chaque jour pour 0,60c. En toute simplicité et discrétion.

Didier m’a raconté sa vie professionnelle et toutes les luttes qu’il a dû mener pour construire sa boulangerie. Ancien artisan joaillier épanoui sur la Côte d’Azur, il doit changer de vie et repart à zéro. Il apprend la boulangerie, « monte à Paris », galère pour trouver un local pour créer sa boutique, court les banques, survit ; il trouve le local, s’endette, construit tout avec quelques artisans – il connaît aussi bien le compteur électrique que le four – , recrute et développe son entreprise. Il a eu peur de ne pas y arriver, il a passé des nuits blanches de travail comme d’inquiétude. Il sait que tout est difficile et que cela peut facilement basculer du mauvais  côté et qu’il faut se battre ; mais que cela vaut le coup. Construire un avenir meilleur l’enthousiasme. Comme bâtir une boulangerie ; comme animer des soirées en tant que DJ et beaucoup d’autres choses encore. A ses côtés son plus vieil ami, recruté au détour d’une difficulté professionnelle. Solidaire, là encore ; pour une vie meilleure, ensemble.

« 30 baguettes par jour et par boulangerie ! C’est le surplus usuel de production. 30 baguettes par jour multiplié par le nombre de boulangeries en France : on pourrait nourrir tellement de gens avec cela ! Pourquoi ne le fait-on pas ? » Lui le fait. Et combien d’autres produits pourraient ainsi être offerts ? Alors, à qui le tour ?

Si vous voulez soutenir cette action, likez la page Facebook de l’opération, parlez-en autour de vous et offrez une baguette. Et si vous voulez bénéficier d’une baguette offerte, dites-le, cela rendra Didier heureux.

Pour en savoir plus : le site et la page Facebook de la boulangerie