Après plus d’une heure de suspension de séance, et une joute verbale sans merci, la situation est toujours bloquée au dernier conseil de la CAVDS. Aucun des acteurs ne semble disposé à se soumettre – ou à se démettre. C’est le moment que choisit Thierry Solère pour demander une nouvelle suspension de séance, accordée sur le champ.

Et le jeu de cache-cache reprend, entre les plantes vertes et le passage secret, entre le grand escalier et le hall, où se tiennent les spectateurs de la séance. Un huissier soupire, observant qu’on en est toujours au point n°1 d’un ordre du jour qui en compte une vingtaine : « On n’est pas couché ! », tandis qu’un élu de Sèvres, désabusé, s’épanche : « Peu importe le nombre de représentants, de toute façon nous ne sommes plus libres ».  Il est certain que Sèvres, qui traitait à armes égales avec Boulogne Billancourt au sein de la CAVDS (15 représentants pour chacune des villes), voit son pouvoir de décision s’amenuiser considérablement dans GPSO, où ne siègent plus que 10 Sévriens sur 84 élus.

Bon, je le reconnais, l'analogie est peut-être un peu exagérée...

Bon, je le reconnais, l'analogie est peut-être un peu exagérée...

Pendant ce temps, les protagonistes vibrionnent et l’atmosphère s’apesantit, comme si un vortex se formait sous les ors de l’Hôtel de Ville. Impossible de connaître la teneur des tractations, le téléphone joue un grand rôle dans cette nouvelle demi-heure. François Kosciusko-Morizet, le maire de Sèvres et descendant direct d’André Morizet, grand maire de Boulogne Billancourt, montre des signes d’impatience. Il lance aux élus boulonnais venus assister au conseil que le « problème » est désormais entre les mains de Pierre-Christophe Baguet, tout en répétant qu’il n’y a pas d’autre issue raisonnable que le vote de cette fusion.

Enfin, les élus retournent en séance, tandis que pour les spectateurs, le suspense reste entier. La parole est donnée à Gérard Askinazi. Celui-ci explique alors qu’il est prêt à voter la délibération, ayant obtenu la garantie que son groupe disposerait de 3 sièges au sein de GPSO, ainsi qu’un certain nombre de clauses annexes dont il ne donne pas le détail.

Renseignement pris à la sortie du conseil, les engagements principaux pris par le maire de Boulogne Billancourt sont que les candidats proposés par le groupe UPBB ne seront pas remis en cause par la majorité municipale, et qu’un représentant d’UPBB présidera une commission au sein de GPSO. Ce ne sont pas des engagements de détail : en effet, pour représenter la ville au sein d’un conseil communautaire, il faut avoir obtenu la majorité absolue au conseil municipal, que l’on soit issu de la majorité ou de l’opposition. Sans l’aval de la majorité municipale, un candidat d’opposition n’a donc aucune chance d’être élu. Le cas s’est présenté l’année dernière, Gérard Askinazi ayant souhaité céder sa place au sein du conseil d’agglomération CAVDS à sa collègue Dorothée Pineau, qui devait donc être à son tour élue par le conseil municipal. Au moment du vote, le président de la majorité municipale, Thierry Solère, avait annoncé la candidature d’un membre de son groupe face à Madame Pineau, façon implicite de s’opposer à l’élection de cette dernière. Furieux, Gérard Askinazi était alors revenu sur sa décision, afin de conserver le siège alloué à son groupe. C’est instruit par ce précédent qu’il a demandé cette fois-ci cette garantie au maire.

pierre-christophe baguet

pierre-christophe baguet

La position de Monsieur Askinazi a été accueillie avec beaucoup de soulagement. Le président de la CAVDS, tout sourire, a remercié son collègue, en soulignant que leur désaccord, désormais réglé, tenait « à un problème d’arrondi des décimales ». Si l’on avait dû appliquer une stricte proportionnalité à la représentation des différents groupes, certains élus se seraient trouvé coupés en deux (1,8 élu pour @lternance et 3,6 élus pour UPBB, d’après nos calculs). Il a donc été décidé d’arrondir à l’unité supérieure la représentation du groupe @lternance, soit 2, et à l’unité inférieure la représentation du groupe UPBB, soit 3.

Est-ce enfin le dénouement tant attendu ? Eh bien non, parce qu’il n’y a aucune raison qu’un conseil communautaire se plie aux canons de la tragédie classique.

La semaine suivante, le conseil municipal du 10 décembre fut l’occasion d’un ultime coup de théâtre. Au moment de l’élection des représentants du conseil municipal à GPSO, on découvrit que les représentants du groupe @lternance ne seraient pas 2, mais 3, les sièges dévolus à l’opposition étant donc passés de 5 à 6. Qui l’eût cru, alors qu’une semaine plus tôt, l’obtention de 5 sièges avait occupé les élus de tous bords pendant plus de deux heures ! Monsieur Askinazi s’en émut, et Monsieur Baguet s’emporta dans une diatribe contre son collègue que nous ne reproduirons pas ici. Les esprits curieux la retrouveront en vidéo sur le site de la ville. Il en ressort cependant un point intéressant dans notre perspective : Monsieur Baguet a expliqué en substance qu’il avait accordé un siège de plus à l’opposition, parce que la représentation de celle-ci devait être considérée à l’échelle communautaire, et non municipale.

Ce que l’on comprend ainsi : un des six autres maires de GPSO n’a apparemment pas voulu accorder une représentation convenable à son opposition, et Monsieur Baguet a décidé de compenser ce déficit sur son propre quota. On peut trouver de la générosité à cette initiative, tout en se demandant comment les habitants de la ville concernée vivront d’être représentés par les élus d’opposition de Boulogne Billancourt et non par leurs propres élus d’opposition. On peut aussi se demander si le fait que le conseil d’Arc de Seine n’ait pas encore entériné la fusion au moment du vote à Boulogne Billancourt n’a pas joué un rôle dans cette nouvelle répartition des sièges.

Quoi qu’il en soit, si ce vote fut « historique », il y a fort à parier qu’il ne restera pas dans les annales.

Pour finir, voici la liste de nos représentants au sein de GPSO :

Les représentants de Boulogne Billancourt au conseil de GPSO

Les représentants de Boulogne Billancourt au conseil de GPSO

De gauche à droite et de haut en bas : Gérard ASKINAZI, Béatrice BELLIARD, Christine BRUNEAU, Jean-Michel COHEN, Jehan COQUEBERT DE NEUVILLE, Jean-Pierre FOURCADE, Pascal FOURNIER, Marc FUSINA, Claude GALLANT, Guillaume GARDILLOU, Vincent GRAFFIN, Anne-Charlotte LORBER, Pascal LOUAP, Michèle MONTIES, Sylvie ROUGNON, Thierry SOLERE, Jean-Michel TISSEYRE, Sandy VETILLART, Marie-Hélène VOUETTE.

Petite remarque en passant : comme c’est curieux tout de même, qu’un échantillon issu d’une assemblée paritaire trouve le moyen de sous-représenter les femmes… A cet égard, la palme revient au groupe UPBB, c’est du joli messieurs !