Après un premier tour de table tendu, le président de la CAVDS, Pierre-Christophe Baguet, a prononcé une suspension de séance avant de passer au vote. Pour l’assistance s’ouvrait une heure et quart d’un curieux ballet avec à la clé, peut-être, un vote…

Une suspension de séance, c’est un « off » : chacun est libre d’aller et de venir, et d’échanger des propos qui ne seront pas consignés au procès verbal de la séance, ni communiqués à l’ensemble des élus. Pour l’auditeur, c’est un spectacle étonnant, qui rompt avec la solennité et les prises de parole canoniques du conseil. Cantonné à l’espace dévolu au public, on ne peut que déduire des mouvements de l’un à l’autre ce qui est en train de se décider.

Pour bien comprendre de quoi il retourne, rien de tel qu’une représentation du premier étage de l’Hôtel de Ville, où tout s’est joué :

La salle de la CAVDS, mieux qu'un Cluedo (R)!

La salle de la CAVDS, mieux qu'un Cluedo (R)!

Le conseil communautaire se déroule dans la même salle que le conseil municipal de Boulogne Billancourt, au premier étage de l’Hôtel de Ville. Mais seule la moitié de la haute salle du conseil est utilisée, divisée entre l’espace réservé à l’assemblée et celui réservé à l’auditoire. Cela produit un effet de proximité saisissant, car les auditeurs sont au même niveau que les élus (alors que le maire et les adjoints disposent d’une estrade au conseil municipal), séparés de quelques mètres. La partition de l’espace est reconduite à l’extérieur de la salle, puisque le hall est scindé à son tour entre un espace ouvert à tous et un espace coupé du reste par des barrières, où les élus peuvent se retrouver et se restaurer. Il convient d’ajouter à cette parfaite symétrie le « passage secret » : deux portes, ouvrant sur un espace invisible et inconnu du visiteur, par où disparaissent et réapparaissent ce soir-là les protagonistes de l’assemblée.

Côté public, on trouve de simples spectacteurs, venus de Sèvres ou de Boulogne Billancourt, comme l’auteure de ces lignes, mais également un vrai journaliste, des fonctionnaires territoriaux et des conseillers municipaux des groupes @lternance et UPBB. Côté élus donc, les 30 membres de la CAVDS. Dès que l’interruption de séance est prononcée, la plupart des élus se dirigent vers le buffet, tandis que Messieurs Blandin et Kosciusko-Morizet disparaissent par le passage secret et que Messieurs Baguet et Askinazi demeurent dans la salle du conseil, en grande conversation. Depuis l’autre côté des barrières, on aperçoit des grands moulinets de bras d’un côté et de grands yeux ouverts de l’autre. Pendant ce temps-là, Madame Vouette rend apparemment compte de l’avancée des débats aux membres du groupe @lternance, et chacun prend le temps d’aller glisser un mot au journaliste imperturbable qui suit tous ces mouvements avec une distance amusée. A un moment, les discussions s’interrompent, et Monsieur Askinazi rejoint les élus d’UPBB pour faire le point. Monsieur Blandin reparaît et traverse le corridor du pas vif et colère qui semble lui être propre.

thierry solère

thierry solère

L’autre élément mobile de l’assemblée est sans aucun doute Thierry Solère, le premier-adjoint de Boulogne Billancourt, qui fait la navette entre Gérard Askinazi, Pierre-Christophe Baguet, le passage secret et divers interlocuteurs au téléphone, n’hésitant pas à couper les conciliabules du groupe UPBB. La position de ce groupe est unanime : le maire doit tenir sa parole et leur allouer 4 sièges au sein de GPSO. Face à une telle détermination, la plaisanterie de Monsieur Solère (« Bah, jusqu’à présent vous n’aviez qu’un seul représentant ; si vous en avez deux vous y gagnez ! ») fait flop.

Les négociations s’éternisent, les allées et venues se multiplient, Monsieur Solère poursuit les élus UPBB jusque derrière les porte-manteaux, la tension monte, une élue d’opposition maugrée que l’entêtement de ses collègues va compromettre la fondation de GPSO tandis que des élus de Sèvres, lassés, s’échappent en groupe vers le parvis en clamant à la cantonnade qu’il n’y aura qu’à les rappeler si un jour on est prêt à reprendre la séance.

jacques blandin

jacques blandin

Finalement, au bout d’une heure et quart de ce manège, le président de la CAVDS rappelle les élus dans la salle du conseil pour un nouveau tour de table. Le premier à reprendre la parole est Jacques Blandin, pour le PS de Sèvres. Sans entrer dans le détail de ce qui a pu se dire dans les couloirs, il annonce qu’il va finalement s’abstenir, et non voter contre comme il l’avait annoncé avant la suspension de séance, tout en appelant la majorité de la CAVDS à fournir un effort pour la représentation des oppositions. Le principal obstacle à la fusion est donc levé, puisqu’une abstention ne met pas en péril un vote à l’unanimité des suffrages exprimés. Pierre-Christophe Baguet est visiblement soulagé et assure à Monsieur Blandin que son collègue François Kosciusko-Morizet et lui-même se feront « les avocats de [sa] revendication » auprès des maires d’Arc de Seine.

Puis vient le tour de Gérard Askinazi. Celui-ci commence par répéter ce qu’il a dit avant l’interruption de séance : il réserve sa position tant qu’il n’a pas obtenu la confirmation par le maire de Boulogne Billancourt que son groupe bénéficiera d’une représentation proportionnelle au sein du nouveau conseil communautaire, soit quatre sièges.

A fleuret moucheté - Flavie Solignac pour l'e-bb

A fleuret moucheté - Flavie Solignac pour l'e-bb

S’ensuit un duel froid, dans un silence encore plus froid, entre Gérard Askinazi et Pierre-Christophe Baguet, ce dernier n’épargnant aucun trait pour ébranler son collègue récalcitrant : les yeux rivés à ses dossiers, il en appelle à l’intérêt général, incompatible selon lui avec cette demande, il invoque le président du groupe UPBB, Jean-Pierre Fourcade, qui n’aurait jamais eu, d’après lui, de telles prétentions, il défend sa répartition, expliquant que l’opposition boulonnaise, tous groupes confondus, sera « représentée dignement » avec cinq sièges en tout. Tandis que le président de la CAVDS s’échauffe quelque peu, Monsieur Askinazi, impavide, répète qu’il ne peut se satisfaire de cette disposition. Monsieur Baguet use alors de sa botte secrète, lançant à Monsieur Askinazi : « Vous porterez seul la responsabilité de l’échec de cette fusion, Monsieur Askinazi ! » Las ! la botte ne fait pas mouche. La parade ne se fait pas attendre, du tac au tac, Gérard Askinazi réplique : « Non, Monsieur Baguet, c’est vous qui porterez cette responsabilité !« .

Avons-nous atteint l’acmé de cette curieuse représentation ? Sans doute. C’est en tout cas le moment que choisit Thierry Solère pour demander une nouvelle suspension de séance, « pour négocier avec Monsieur Askinazi ». Des exclamations exaspérées sourdent des bancs sévriens, mais la suspension de séance est accordée. Ce vote épique connaîtra-t-il enfin un dénouement ? Nous le saurons à l’acte V…

Merci à Flavie Solignac pour l’illustration, son blog de dessin est ici