La semaine dernière, une bombe de la seconde guerre mondiale a été découverte à Boulogne Billancourt, sur le chantier du Trapèze. Le genre d’événement qui nous rappelle brutalement au passé…

Les 500 kilos de cette bombe créent l’émotion, mais elle ne semble pas avoir de détonateur… Autant dire que, sauf brutal traumatisme, elle est assez inoffensive.
De toute façon, elle sera désamorcée dimanche 6 février prochain. De 10h à 12h, 6 000 habitants du quartier du Pont de Sèvres, dans un rayon de 400 m autour de l’engin, devront quitter leurs domiciles, ainsi que le magasin Carrefour. Pourvu que le temps soit clément !

Mais d’où tombe cette bombe ? La ville a subi de violents bombardements en 1942 et 1943, et particulièrement le quartier de Billancourt puisque, pendant la guerre, les usines Renault, fonctionnaient sous le contrôle des Allemands. Il s’agissait de neutraliser un lieu de production, au même titre que l’on bombardait la Ruhr. Les alliés étaient bien conscients que ces frappes n’atteindraient pas toutes au but, et que les populations pourraient en souffrir. Avant le premier bombardement, en 1942, ils avaient largué des tracts de mise en garde sur la ville, appelant les habitants à gagner les refuges. Mais les Boulonnais n’avaient pas pris la menace au sérieux.
3 mars 1942 : 475 tonnes de bombes anglo-américaines s’abattent sur la ville… Notre bombe du Trapèze, avec ses 500 kg, représente 1/950 ème de ce bombardement. Sur l’emplacement de la dalle du pont de Sèvres, le sanatorium Sollier (notre hôpital de l’époque) fut détruit et aucun malade ne survécut.

Le site fregate.info publie des documents d’époque, qui donnent un aperçu des dégâts dans le sud de la ville, et notamment une cartographie des points d’impact. Vous qui habitez au-dessus, peut-être aurez-vous un jour la même surprise que les ouvriers du chantier la semaine dernière, ou que ma mère il y a déjà bien des années.

Cartographie du bombardement de 1943 sur les Usines Renault - CR fregate.info

Je me souviens qu’en 1956, dans la maison de famille, près du marché Escudier, ma mère avait trouvé sous le tas de charbon qui s’épuisait en fin d’hiver, une bombe. Les pompiers avaient barré la rue entre la place des écoles et la rue des Tilleuls. Tous les voisins regardaient avec des yeux ronds cet investissement de notre maison par une troupe affairée… Que cherchait-on au juste dans cette maison ? un cadavre ?

La bombe, devait être une bombinette, car deux pompiers seulement l’ont portée délicatement jusqu’à leur camion.

Ils ont dit qu’elle datait de la guerre de 14-18… Qui diable, ces années-là, avait bien pu tirer sur notre tas de charbon ? Ou peut-être, le grand-père, ancien combattant (et ancien conseiller municipal d’André Morizet), qui était collectionneur, avait-il rapporté ce trophée de la bataille de la Marne… On ne saura plus jamais.

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