On ne devient pas écrivain, on l’est parce qu’écrire est plus fort que soi, qu’on n’a envie de rien d’autre, et qu’un jour il y a urgence alors on se lance .   Rencontre avec la boulonnaise Valérie Pineau-Valencienne, qui au fil des étapes de sa vie est devenue auteur en marchant .

L’e-bb : Comment vous êtes-vous décidée à écrire ?
Valérie Pineau-Valencienne :  Un de mes enfants s’est trouvé confronté à un problème de santé, les hésitations de la médecine à son sujet m’ont replongée dans les angoisses de mon  enfance quand je subissais les effets de l’épilepsie. Quand il arrive quelque chose à son petit c’est pire qu’à soi-même. J’ai toujours eu envie d’écrire, à l’école j’étais bonne en français, c’était ma matière. Je me suis dit que si je parvenais à décrire  mon chemin de croix, cela aiderait mon enfant à puiser  dedans son énergie vitale .
C’est ainsi que j’ai écrit mon premier livre «  Une cicatrice dans la tête » Personne ne s’attendait au succès rencontré, c’est la première fois que quelqu’un témoignait sur cette maladie spectaculaire que j’ai voulu dédramatiser, en montrant comment en dehors des crises on arrive à mener une vie normale .
Mais ce n’est pas libérateur d’écrire sur une maladie , et j’ai eu envie après ce premier livre, encouragée par mon entourage,  de passer à quelque chose de plus joyeux : une comédie .
L’e-bb : Et c’est ainsi qu’est venue l’idée de Chronos Blues, votre premier roman ?
VPV : Oui le succès de mon premier livre m’a permis de  rencontrer des personnalités du monde de la télévision, et de m’apercevoir combien les hommes dans ce milieu ,étaient fragilisés par la dictature de l’apparence , je tenais mon sujet : les hommes qui ne supportent pas de vieillir et qui vont tricher un peu… Ecrire une comédie est un exercice très difficile : j’ai eu bien plus de mal à trouver des gags, à chercher des dialogues grinçants qu’à écrire les passages les plus poignants d’ « Une cicatrice dans la tête ».
L’e-bb :Votre troisième ouvrage « Que reste-t-il de nos divorces  » vient d’arriver en librairie.  Est-il aussi le fruit de votre expérience personnelle ?
VPV : De « nos » expériences personnelles parce que ce dernier opus est réalisé à quatre mains avec une autre boulonnaise Corinne Bellier . Je voulais écrire sur l’amitié féminine et sur la post-séparation vue côté féminin. Comment une femme divorcée peut-elle s’en sortir, élever ses enfants sans faire de la sur-autorité, arriver à faire à nouveau confiance, à refaire l’amour… Un divorce c’est inhumain. Je repère les mères qui ont trop de choses à porter, ce sont des femmes qui souvent parlent toutes seules ou plutôt « parlent-à-elle-même, »  pendant dix ans j’ai été l’une d’elles, elles ont toute mon admiration.
Ce livre est un dialogue, j’ai trouvé avec Corinne une partenaire qui sait parler de ses souffrances en vous faisant hurler de rire, elle est l’élément abrasif,  moi je suis plus nuancée, une optimiste mélancolique . Travailler avec Corinne a été une joie, écrire est un boulot de solitaire, alors trouver une partenaire de papier quelle jouissance !
« Que reste-t-il de nos divorces ? » C’est l’histoire de deux femmes,  Marie et Catherine qui poursuivent leur trajectoire amoureuse entre humour grinçant et amitié indéfectible et se répondent  . Elles ne sont pas au même moment de leur vie, l’une élève seule ses enfants tout en étant la maîtresse  d’un homme marié, l’autre vient d’être abandonnée par son mari après vingt ans de vie conjugale, elles vont tomber, se relever et  s’aider en se tirant vers le haut .
Je voulais témoigner de l’importance capitale des amitiés féminines. J’ai été une enfant ni sauvage ni solitaire mais individualiste : il me fallait lutter contre ma maladie. Je n’ai pas connu de complicité féminine avant 30 ans. C’est une découverte que j’ai faite très tard, et je veux rendre hommage à  celles qui m’ont aidée comme personne pendant ces dix années où j’ai été une femme « qui–parlait-à-elle-même » Les tête-à-tête amicaux, l’impudeur des femmes entre elles, verbaliser, pleurer et s’indigner à deux m’ont fait l’effet d’une thérapie pendant cette période de transition .

L’e-bb Et maintenant  quels sont vos projets ?
VPV
 : L’avenir c’est d’autres idées qui se bousculent, l’imagination est aux aguets, deux projets et  peut-être un autre essai à 4 mains, j’y ai pris tellement de plaisir ! Mais je préfère ne pas trop en parler, les idées sont encore volatiles…  C’est un long travail mais la gestation a déjà recommencé …

« Que reste-t-il de nos divorces  » de Valérie Pineau-Valencienne et Corinne Bellier  est édité aux Editions France-Empire .