Lorsqu’au mois de mars nous avions rencontré Denis Badré, le vice-président en charge des Finances de GPSO, celui-ci nous avait expliqué qu’un certain nombre de communes du 92 avaient vocation à rejoindre GPSO à terme.
Le 30 juin dernier, lors du conseil communautaire, l’adhésion de Marnes la Coquette, commune isolée des Hauts de Seine, et de Vélizy-Villacoublay (78), était proposée au vote. Les débats furent animés. Et reprirent de plus belle, une semaine plus tard, lors du conseil municipal de Boulogne Billancourt.

pierre-christophe baguet

Depuis la réforme des collectivités territoriales, l’adhésion des villes et villages à un EPCI, communauté de communes ou communauté d’agglomération, est devenue une obligation.
Lorsque GPSO s’est mise en place, en janvier 2010, il semblait naturel qu’elle s’étende à terme à l’autre communauté d’agglomération environnante, Cœur de Seine (Garches, Saint-Cloud et Vaucresson), ainsi qu’à Marnes la Coquette, ville isolée au milieu des EPCI déjà constitués. Cette perspective faisait d’ailleurs partie du schéma départemental de coopération intercommunale élaboré par le Préfet des Hauts de Seine, comme l’a rappelé le maire, Pierre-Christophe Baguet.
Le cas de Vélizy est différent : on ne vous apprendra rien en rappelant que Vélizy est une commune des Yvelines (78) et non des Hauts de Seine. Il existe déjà des communautés d’agglomération à cheval sur deux départements, ainsi de la communauté des Hauts de Bièvre, entre le sud des Hauts de Seine et le nord de l’Essonne. Pour respecter la loi, compte-tenu de sa localisation, Vélizy était face à une alternative : soit intégrer Versailles Grand Parc, qui regroupe 14 communes des Yvelines, soit intégrer GPSO, qui regroupe 7 communes des Hauts de Seine.

Vélizy dans GPSO - CR Landot et associés

La municipalité de Vélizy a confié une étude à deux cabinets de conseil, afin de déterminer le meilleur choix pour elle. Leur rapport est consultable ici, et conclut sans ambiguïté en faveur d’une adhésion à GPSO, avec laquelle Vélizy présente de nombreuses similitudes, de la densité au profil économique. Seules les affaires universitaires, ainsi que quelques dossiers locaux et – ce qui n’est pas négligeable – l’état actuel du réseau de transports, rapprocheraient Vélizy de Versailles Grand Parc.
A la lecture du rapport, on a surtout le sentiment que Vélizy, avec ses 43 000 emplois, préfère rejoindre une dynamique déjà rodée, notamment au plan économique avec le développement d’Issy les Moulineaux et de Boulogne Billancourt, plutôt que de jouer les locomotives économiques d’un ensemble à construire. Or, cette ambition correspond aux projets de GPSO, qui se veut l’espace incontournable entre la capitale et le plateau de Saclay.

L’enjeu de la délibération était donc d’obtenir du préfet des Hauts de Seine qu’il intègre à son schéma départemental le souhait de Vélizy de rejoindre GPSO, et le souhait de GPSO d’accueillir Vélizy. C’est là-dessus que les points de vue se sont opposés.

jean-pierre fourcade

Jean-Pierre Fourcade (UPBB) a répété en substance ce qu’il avait dit lors du conseil communautaire du 30 juin. S’il est parfaitement d’accord pour accueillir Marnes la Coquette comme c’est prévu de longue date, en revanche, il est opposé à l’adhésion de Vélizy pour des raisons des cohérence territoriale :

  • Raison principale, le nécessaire équilibre du sud de Paris : d’après Monsieur Fourcade, dans la perspective du Grand Paris, Versailles Grand Parc est un élément support du projet de développement du plateau de Saclay. « Vélizy est la commune la plus riche de l’ensemble. En la faisant sortir de l’opération Versailles Grand Parc, nous affaiblissons la structure de communes qui va soutenir le projet de Saclay, auquel le Gouvernement, le Parlement et moi-même attachons beaucoup d’importance » a-t-il expliqué.
  • Seconde raison : outre le fait que Vélizy n’a jamais participé aux concertations sur le schéma de cohérence territoriale des coteaux du Val de Seine, son adhésion à GPSO pourrait avoir d’intenses répercussions en matière de péréquation*. D’après Monsieur Fourcade, l’arrivée de cette commune très riche, qui comporte deux fois plus d’emplois que d’habitants et de grosses ressources fiscales, dans une communauté d’agglomération, GPSO, déjà considérée comme très riche, sera vécue « comme une provocation » par les autres villes d’Ile de France. La conséquence pourrait être une lourde augmentation de la ponction au titre du Fonds de solidarité d’Ile de France, une ponction beaucoup plus lourde sur les finances de GPSO que ce que Vélizy pourrait lui apporter.

Il a donc répété qu’il était favorable à l’adhésion de Marnes la Coquette, mais opposé à cette délibération.
*Sur le fonctionnement de la péréquation, voir notre entretien avec Denis Badré.

jean-michel tisseyre

Jean-Michel Tisseyre (@lternance), était d’un avis contraire. Selon lui, la cohérence économique (emplois et commerces) et géographique de Vélizy avec GPSO ne fait aucun doute, ce qui justifie son adhésion à notre EPCI. Il a ajouté que Vélizy souffrait d’un problème de liaison, la desserte en transports en commun depuis GPSO étant très mauvaise, ce qui a déjà été évoqué à maintes reprises en conseil communautaire. Une adhésion pourrait permettre d’améliorer ce point : revoir la desserte à partir du Pont de Sèvres, future station du Grand Paris Express, mais revoir aussi le maillage de bus au sein même de la zone d’activité à l’occasion de la mise en service du tramway T6.
Pour favorable qu’il soit, le groupe @lternance émettait toutefois deux réserves :

  • cette adhésion surprise de Vélizy ne doit pas compromettre ou pénaliser l’adhésion des communes de Cœur de Seine envisagée depuis longtemps ;
  • le mode d’approbation par les assemblées, communautaire le 30 juin puis municipales le 7 juillet, conduit à se demander si, sur ce sujet, les élus représentent bel et bien les habitants : « Comment les populations ont-elles été associées à cette décision ? Ont-elles été bien informées des tenants et des aboutissants ? Notre avis exprimé ici ce soir reflète-t-il l’opinion de tous les habitants ? Autant de questions que tout démocrate sensé est en droit de se poser » a estimé Monsieur Tisseyre.

thierry solère

Thierry Solère (RPBB), de son côté, a représenté que « prendre uniquement, avec Vélizy, la poche de recettes des Yvelines dans la communauté, serait une mauvaise manière faite à ce département. » Autant la cohérence territoriale d’une adhésion de Marnes la Coquette lui paraît indiscutable, autant, dans le cas de Vélizy, il met en garde contre la « caricature » d’une communauté qui ne songerait qu’à s’approprier des recettes, sans souci de la cohérence territoriale.

jehan coquebert de neuville

L’adjoint aux Affaires économiques, Jehan Coquebert de Neuville, en a quant à lui appelé à sa vieille expérience professionnelle. D’après lui, il existe un « couloir industriel » entre Orsay, Vélizy, Meudon et Issy les Moulineaux. Une logique industrielle et économique qui se moque pas mal des limites administratives et départementales : « Versailles n’avait rien à faire dans notre raisonnement. Le fait que l’on soit dans les Yvelines ou autre ne faisait absolument pas partie du raisonnement pour les gens qui travaillent dans les technologies nouvelles » a-t-il insisté.
Reste à savoir si les industriels, dans la même logique, ont un avis sur la répartition des EPCI ou si précisément, comme ils s’en moquent, le fait que Vélizy rejoigne Versailles Grand Parc ou GPSO ne leur est pas totalement équilatéral.

Le syndicat mixte des coteaux et du Val de Seine : en bleu, "le papillon" GPSO, en jaune, Coeur de Seine, et en rouge, Marne la Coquette

Suite à ces prises de parole, Pierre-Christophe Baguet a répété ses arguments : l’adhésion de Vélizy est en totale cohérence territoriale avec le développement de GPSO ; cette ville est sur le même plateau que Meudon la Forêt, et la cohérence économique n’est pas à démontrer, puisque cela a été fait par les cabinets de conseil de Vélizy.
Sur le sujet des transports, il a reconnu le problème et s’est engagé, comme président de GPSO, à améliorer les choses. C’est même l’une des motivations de l’adhésion de Vélizy à GPSO, la mise en place d’un transport en commun en site propre qui relierait le Pont de Sèvres à Vélizy en passant par Meudon, un itinéraire qu’empruntent des dizaines de milliers de salariés tous les jours. Le fait que GPSO, avec l’adhésion de Vélizy, passe le cap des 200 000 emplois, pourrait faciliter le développement des transports dans la zone en lui donnant un argument de poids auprès du STIF.
En réponse à l’objection de Jean-Pierre Fourcade, Pierre-Christophe Baguet a retourné l’argument du Grand Paris : baste du développement économique et territorial de Versailles Grand Parc, ce qui compte, c’est la compétitivité du Grand Paris par rapport à Londres ou à Berlin. Et celle-ci passerait par l’adhésion de Vélizy à GPSO, et non à son maintien dans une communauté des Yvelines, département à la limite du Grand Paris.
Il a insisté sur le fait qu’il s’inscrivait ainsi dans la volonté du président de la République, rappelant que le conseil municipal de Vélizy est souverain, et que GPSO ne peut donc être accusée de « faire un mauvais coup aux Yvelines. » Concernant la péréquation, il a estimé que « c’est un risque, mais ce n’est pas un souci immédiat. » D’après Gilles Carrez (député du Val de Marne, département moins favorisé que le 92 en Ile de France, ce qui n’est peut-être pas tout à fait neutre…), qu’il a interrogé sur le sujet, la péréquation en Ile de France porterait soit sur la communauté, soit sur la commune, mais pas sur les deux. Monsieur Baguet fait le pari que Boulogne Billancourt s’en sortira mieux ainsi, reprenant pour conclure une déclaration de Jean-François Akar, conseiller communautaire de Meudon lors de l’assemblée de GPSO : « Il vaut mieux faire envie que pitié. »

La délibération a finalement été adoptée, les groupes UPBB et RPBB votant contre et Judith Shan (PS), s’abstenant.

Cette affaire reste à suivre : le préfet des Yvelines, en charge lui aussi d’un schéma départemental de coopération intercommunale, ne serait pas favorable à cette adhésion, pas plus que des élus influents des Yvelines comme Gérard Larcher et Valérie Pécresse.