Régulièrement, notre rédacteur vous propose de partager une découverte faite dans une bibliothèque de la ville. Aujourd’hui la récente biographie de Vergennes, ministre éclairé de Louis XVI.

Les rayons de la médiathèque Landowski se sont enrichis du Prix de la biographie de l’Académie française 2017 : Vergennes. La gloire de Louis XVI par Bernard de Montferrand, publié aux Editions Taillandier.

Vergennes

Le ministre de Louis XVI Vergennes, chargé des Affaires étrangères

 

 En quoi fut-il glorieux, le règne qui se termina par la Révolution de 1789 ?

 

De prime abord, le sous-titre de cet ouvrage peut surprendre. En quoi fut-il glorieux, le règne qui se termina par la Révolution de 1789 ? L’explication vient au chapitre de conclusion : « Si Vergennes reste dans notre histoire, c’est par ses succès de politique étrangère, ceux de la seule gloire de Louis XVI. » Diplomate de carrière, ancien ambassadeur à Singapour, aux Pays-Bas, en Inde et en Allemagne, l’auteur, qui a pu consulter bien des archives, sait de quoi il parle.

Pourquoi celui que Bernard de Montferrand présente comme le dernier grand ministre de l’Ancien Régime est-il si méconnu ? Parce que les intrigues de cour, et l’indécision du roi qui l’avait nommé aux Affaires étrangères en 1774, l’empêchèrent de donner toute sa mesure.
« Pour que de grandes intelligences donnent le meilleur, il faut à la tête de l’État l’autorité nécessaire. Qu’eussent été Colbert ou Sully aux côtés de Louis XVI ? » demande le biographe. Même si les nombreuses citations des écrits de l’époque dans un beau français d’Ancien Régime leur confèrent une certaine élégance, la plupart des maréchaux, ducs et pairs qui s’agitaient à Versailles apparaissent comme de bien piètres politiques sous la plume de M. de Montferrand, énarque au service de la République.

 

Vergennes : une vision apaisée de l’Europe,  pour un  nouvel ordre international ?

 

Parce que l’historien examine ici le passé en s’inspirant de son expérience du présent, l’ambassadeur de Montferrand, qui fut aussi conseiller diplomatique du Premier ministre Édouard Balladur, s’est efforcé de souligner le caractère visionnaire d’une politique visant à créer et à maintenir un équilibre européen propre à épargner de nouvelles guerres au Vieux Continent. Vergennes « met son réalisme au profit d’une vision apaisée de l’Europe », une vision fondée sur des traités de commerce facilitant les relations internationales. Il mène une « politique étrangère d’avant-garde qui, sans la Révolution, aurait pu inventer un nouvel ordre international ».

Bien sûr, le soutien français aux insurgés américains visait à prendre une revanche sur le traité de Paris qui, en 1763, sous Louis XV, avait privé la France du Canada. Mais, même cette entreprise fut menée avec la volonté d’éviter un conflit direct avec l’Angleterre. La guerre d’Indépendance américaine avec le concours de la flotte et du corps expéditionnaire français n’occupe qu’une partie du livre, mais elle est sans doute celle où l’auteur est le plus attendu. On n’est pas déçu.

 

L’aide aux Insurgés d’Amériques : un mélange de théâtre et de roman policier où l’on n’attend guère Louis XVI et Vergennes

 

Quelle histoire ! Quel paradoxe apparent ! Vergennes, partisan de l’absolutisme royal en France, aide des républicains aux Amériques.
«  Beaumarchais, soutien le plus brillant de la politique de Vergennes devient sur le plan intérieur le critique le plus cinglant de la monarchie. » Au nom de l’équilibre des forces entre puissances mondiales, l’aide aux insurgés commence en 1776 avec la fourniture d’un million de livres, par l’intermédiaire du futur auteur du Mariage de Figaro. « Le roi donne des instructions écrites à Beaumarchais. Celui-ci les gardera dans un médaillon qu’il porte autour du cou comme un talisman… Un mélange de théâtre et de roman policier où l’on n’attend guère Louis XVI et Vergennes. »

En France, on appelait « officiers américains » ceux qui participèrent aux opérations navales ou terrestres. La guerre d’Amérique a contribué aux contradictions du règne de Louis XVI, écrit l’auteur, « mais davantage par l’engouement des idées véhiculées par Franklin et d’autres que par l’influence des membres du corps expéditionnaire à leur retour ». En effet, ces « officiers américains » étaient divisés. Certains « joueront un rôle dans les assemblées révolutionnaires, mais ce n’est qu’un petit groupe de grands aristocrates déjà libéraux ». On pense à La Fayette. D’autres se retrouveront dans les forces contre-révolutionnaires, notamment lors du soulèvement vendéen.

Mais cela est une autre histoire, hors sujet dans la biographie du ministre mort en 1787. Cette histoire, on souhaite qu’elle soit écrite un jour par Bernard de Montferrand, puisqu’il est aussi l’actuel président de la Société des Cincinnati de France, où se retrouvent toujours les descendants des officiers ayant participé à la guerre d’Indépendance des États-Unis.

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Jean De la Guérivière

Jean De la Guérivière

Il a choisi Boulogne pour sa retraite, en 2000, après une carrière de journaliste au service International du quotidien Le Monde. Ses séjours à la rédaction parisienne avaient alterné, en famille, avec des postes de correspondant à New-Delhi, Alger et Bruxelles. Il a publié deux romans et neuf essais, principalement aux éditions du Seuil.