Jeudi 16 mai, les galeries de Carré sur Seine étaient sur leur 31. Entre la rue Pasteur, la rue de l’Est et la rue du Château, les potelets multicolores marquaient le périmètre, pour l’occasion de ces quatre vernissages simultanés.

Ulrike Bolenz et Isabelle Lefort devant Cloning

Ulrike Bolenz et Isabelle Lefort devant Cloning – CR F. Vallerie-Chastel

Chez MondapArt, 80 rue du Château, c’est la plasticienne allemande Ulrike Bolenz qui présentait ses œuvres récentes. Cette artiste s’est fait une spécialité depuis vingt ans du tirage photo sur support plastique, ce qui produit des effets de transparence d’autant plus marqués qu’elle superpose les supports en s’attachant particulièrement à retenir le bon angle d’écart. Ses modèles de prédilection sont des nus féminins et masculins, qu’elle filme avant d’arrêter son choix sur une image, captée puis tirée au format désiré. « Je travaille les contrastes, accentués par l’action des produits de tirage » explique l’artiste, qui estime que le grain final n’est pas sans rappeler l’effet des daguerréotypes de l’ancien temps.
L’exposition permet de cerner les étapes de son travail, des premiers tirages en petit format à leur insertion dans un cadre peint, avant de décider si, oui ou non, ces miniatures seront projetées à un plus grand format. Ulrike Bolenz crée des installations de vingt mètres de haut, lorsque l’effet lui convient.
Dans le détail, il apparaît que l’artiste est fascinée par l’articulation de l’organique et du mécanique, ce que traduisent plusieurs œuvres représentées chez MondapArt. Ainsi de Cloning, qui fait apparaître en filigrane à travers le corps des molécules et… un code-barre, ou encore de Cocon, cette femme prise dans une gangue de plastique aux bulles d’air, évoquant aussi bien une goutte d’ambre qu’un cocon, en effet. Une vision de l’actuel traitement du vivant.
Comme en contre-point, l’artiste a également choisi de présenter une huile, Laura im Garten, aux vives couleurs et à la matière bien présente. « Je peins depuis toujours, avec mes mains, » précise l’artiste.

Valérie de Lauzon-Bacques et Rémi Hamoir lors du vernissage de "La Barceloneta" - CR F. Vallerie-Chastel

Valérie de Lauzon-Bacques et Rémi Hamoir lors du vernissage de « La Barceloneta » – CR F. Vallerie-Chastel

Autre ambiance chez Green Flowers Art Gallery, au 61 rue du Château. Là, c’est le travail de Rémi Hamoir qui est présenté jusqu’au 8 juin, avec la série « La Barceloneta. » Ses aquarelles ensoleillées présentent plusieurs spécificités remarquables : leur format tout d’abord, plus grand que la moyenne des aquarelles, mais aussi l’effet d’optique qui s’en dégage. A trois mètres, on pourrait croire à des photographies, tant les flaques de lumière sont pures, mais quand on se rapproche, c’est l’aquarelle qui se révèle, dans toute sa délicatesse, comme sur cette Plage de Nova I caria.
« Je peins l’histoire d’un moment, » explique l’artiste, « je suis un promeneur, qui regarde, et qui par moment, trouve. » Qui dit aquarelle dit en effet rapidité et rapport à l’instant : la matière sèche vite, la lumière change vite… Il faut peindre sur le vif, quitte à retoucher rapidement peu après. Rémi Hamoir utilise de l’aquarelle en tube et s’appuie, pour ses captations, sur un carton à dessin.
« La Barceloneta » compose un ensemble virtuose et apaisant, volontiers désert, abandonné au soleil écrasant de midi sous lequel se dressent des palmiers en bord de plage. Une aquarelle tranche : celle de ce surfeur en plein rouleau, dont les nuances de bleu couvrent toute la surface du papier.

Les manchots de Pauline Vachon - CR F. Vallerie-Chastel

Les manchots de Pauline Vachon – CR F. Vallerie-Chastel

Chez Exit Art contemporain, à la même adresse, Florence Provost célèbre les « Singuliers multiples, » comme autant d’artistes qui font le charme de sa galerie. Là, on reconnaît un collage de Katrin Bremermann, faisant face à des manchots et à des biches « re-présentés, » selon le mot de l’artiste, de Pauline Vachon. On n’attend que le son du cor… Sur une autre paroi, des « boîtes à lumière » de poche dirigent leurs faisceaux vers un petit suisse en fin de vie. On papillonne entre les œuvres et les plateaux de gougères avec une singulière curiosité !

A la Voz’Galerie, enfin, au 41 rue de l’Est, on découvre en musique le travail d’Arnault Joubin en trois séries : la série des portraits d’artistes, traités grâce à une lumière très travaillée comme autant de gueules essentielles, rides et rictus en avant (mentions spéciales à Trénet, Mitchell, César, M, Moriarty et Woody Allen) ; la série des doudous, qui met en situation une série de peluches en plus ou moins mauvaise posture (noyées dans une flaque, abandonnées sur une grille, blotties contre une poitrine qui en a vu d’autres) ; et la série des paysages naturels, qui forment une célébration du noir le plus obscur. Pour en savoir plus, reportez-vous à l’article de Vera !

Les portraits d'Arnault Joubin à la Voz'Galerie - CR F. Vallerie-Chastel

Les portraits d’Arnault Joubin à la Voz’Galerie – CR F. Vallerie-Chastel

Comme à chaque édition, on ne peut que saluer la réussite de cette fête au Carré, la diversité des œuvres et la disponibilités des artistes. Au moment où nous sommes passés, au soir même du vernissage, plus d’une œuvre avait déjà trouvé preneur…