Le 14 septembre, les élus du groupe d’opposition La ville citoyenne ont présenté un bilan de mi-mandat et annoncé le lancement d’une association.

Une fois l’an, les élus d’opposition de gauche au conseil municipal organisent une réunion publique dans la salle des Fougères pour présenter un bilan d’étape de leur action. Innovation cette année : le jeu de questions-réponses était médiatisé par un procédé dérivé du dazibao chinois. En d’autres termes, chacun était invité à écrire ses questions sur de larges post-its de couleur. A la fin des exposés, les questions ont été reprises, le groupe La ville citoyenne s’engageant à répondre avec plus de détails sur son blog.

Informations et explications

A tour de rôle, les quatre élus ont présenté les sujets qui leur tiennent à cœur.

Réforme territoriale

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Chloé Jaillard explique la réforme territoriale

Chloé Jaillard a commencé par un exposé didactique sur la réforme territoriale et ses conséquences pour les communes. D’après elle, ces dernières seront amenées à se recentrer sur « la gestion localo-locale, » l’action sociale et l’état civil. On attendait bien sûr le paragraphe sur le projet de fusion. Las ! Les élus d’opposition avaient peu d’informations à livrer. « Les arguments avancés en faveur de la fusion ne nous semblent pas vraiment fondés a expliqué Chloé Jaillard. Nous n’avons reçu aucune preuve ni donnée chiffrée en ce sens. » Les élus, pourtant premiers concernés, n’ont pas non plus reçu de nouvelles des groupes de travail qui auraient dû être installés en septembre.

Ce défaut d’information est chronique. Quelques minutes plus tard, Pierre Gaborit témoignera que, bien que membre du CA de la SPL d’aménagement des terrains Renault, il ne sait rien de plus concernant l’avenir du R4 que le contenu du communiqué de presse paru une semaine plus tôt.

Ile Seguin

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Ile Seguin : projets comparés de la majorité et de l’opposition de gauche

Pierre Gaborit, de son côté, s’est concentré sur l’île Seguin dont il a retracé l’histoire depuis 1992. Pour lui la faute originelle est de s’être obstiné à gérer le dossier à l’échelle municipale. Les élus de droite depuis deux décennies ont fait l’objet d’un réquisitoire en incompétence dont le dernier épisode se jouerait au tribunal. « Nous avons proposé une conciliation entre la Ville et les associations au sujet du recours contre le PLU. Mais ni le maire, ni son adjoint à l’Urbanisme qui préside la SPL n’ont rendu visite à la présidente du tribunal de Cergy-Pontoise » a-t-il souligné. Par conséquent, la conciliation n’avance pas.
Ce disant, Pierre Gaborit lui-même n’a pas tellement changé d’avis. Il a présenté une nouvelle fois le projet porté par sa liste en 2014 : logements, équipements et espaces verts, sans chercher forcément à équilibrer financièrement le projet.

Politique sociale

C’est sans doute là que le bât blesse le plus, aux yeux de La ville citoyenne.
Judith Shan a tenu à rappeler son rôle dans l’édification d’un nouveau lycée. Mais elle a surtout énuméré les mesures discutables prises par la majorité en matière sociale.

A l’école primaire, le choix de programmer les activités en fin de journée et de les rendre payantes limiterait l’efficacité de la réforme des rythmes scolaires. Les tarifs des cantines ne prenant toujours pas en compte le taux d’effort, les familles les moins aisées en retirent leurs enfants. Critique sur les colonies de vacances également : la plupart seraient très, trop, onéreuses pour les ménages modestes. Elle a calculé que le tarif de base (A5 pour les initiés) atteignait 300 euros la semaine. Enfin, Judith Shan a regretté que l’association SOS École Billancourt, dont l’action a été décisive pour la restauration de l’école, ne soit pas citée dans le dernier BBI.

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« Point rouge » pour la politique sociale

Gentiment de droite ?

A sa façon, l’élue a également été très sévère. « Cette ville qui paraît gentiment à droite cache quand même bien son jeu. » Qu’est-ce à dire ? Judith Shan s’est expliquée : la Ville refuserait d’inscrire à l’école les enfants logés par le 115. « C’est de la responsabilité du maire, et nous avons fait un signalement à l’inspection académique. » Dans un même registre, la domiciliation au CCAS, qui permet aux personnes sans domicile de conserver une adresse serait « réservée aux Boulonnais de longue date. » La ville n’a plus désormais qu’une seule PMI, dans le nord de la ville. Celle qui accueillait les familles du Pont de Sèvres n’a pas rouvert après les travaux. « Mais d’après Marie-Laure Godin, personne ne s’est plaint » a ironisé l’élue.
Chloé Jaillard a complété le paragraphe. Elle siège au CCAS dont la volonté serait de recentrer son action sur les personnes âgées… au détriment des SDF. Ainsi, les bains-douches municipaux ont été fermés avant l’été. Ceci, allié au changement du mobilier urbain et à l’absence de fontaines publiques, ferait refluer les SDF vers Paris pour la nuit. En clair, une politique d’exclusion. « Sur ce sujet la commune de Boulogne-Billancourt ne prend absolument pas sa part » a-t-elle jugé.
Reste à savoir si cette politique est vraiment une affaire de droite ou de gauche.

Dans ce sombre tableau, une touche de lumière. Judith Shan a rendu hommage aux associations caritatives, dont le dévouement et la vigilance tout au long de l’année soulagent bien des peines.

Projets et actions

Un centre-ville piéton

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« A-t-on le droit d’avoir des idées dans l’opposition ? »

C’est la grande cause de Vincent Guibert, à quoi il a consacré son intervention. Lui a été élu, dans l’opposition, certes, pour faire des propositions. Il a reconnu que ce n’était pas facile. Inlassablement, depuis 2014, il suit le projet d’une piétonnisation du centre-ville, dans et hors conseil. Il constate avec plaisir que l’idée fait son chemin, comme l’atteste l’extension des zones de piétonnisation ponctuelles. « Nous ne serions pas socialistes en 2016 à Boulogne-Billancourt si nous n’étions pas doués d’un certain sens de la ténacité » a-t-il affirmé. Pour preuve, en plus des questions orales régulières et de saisines du CESEL et des conseils de quartier, il vient de monter un groupe de travail sur le sujet. Les participants sont allés voir les commerçants de la Grand Place, qui ne sont pas défavorables à l’idée, tant que les clients peuvent se garer au parking des Passages.

Vœu pour un relais-bruit

Sensibles à la question de la pollution sonore, les élus devraient prochainement présenter un vœu en conseil municipal pour l’installation d’un relais bruit dans la ville.

Lancement de l’association La ville citoyenne

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François Thellier, président de l’association La ville citoyenne

Pour faire bouger les choses, et peut-être les lignes, Vincent Guibert a annoncé la création de l’association La ville citoyenne. Son président, François Thellier, était n°5 sur leur liste en 2014. L’objet est ouvertement de préparer la prochaine municipale, en promouvant d’ores et déjà un modèle alternatif. D’où l’idée de groupes de travail sur des sujets d’intérêt général, la mise en œuvre de consultations régulières, et le soutien aux initiatives extérieures. Le tout en liaison avec le groupe d’élus municipaux.
Pour en savoir plus : asso@lavillecitoyenne.fr Adhésion : 10 euros par an, 1 euro pour les jeunes et les chômeurs.

Questions diverses

Tenus par le temps, les élus n’ont pu développer leurs réponses aux diverses questions adressées durant leur compte-rendu.

On relèvera qu’ils se sont montrés ironiques voire narquois sur les grands projets : d’après Pierre Gaborit, le stade Le Gallo devrait être inauguré « juste avant les prochaines municipales ! » La « dominante culturelle » du projet R4 ? Elle sera « ce que chacun veut en faire » et possiblement, « une banale opération immobilière. »

Mais aussi de très bonne composition quant à leur sort. En effet, depuis 2014, ils ont été évincés de tous les conseils d’école, de tous les conseils d’administration (collèges, lycées, hôpital, maison de retraite…) et des commissions d’attribution des HLM et des places en crèche. « Honnêtement, aujourd’hui, on ne peut garantir la façon dont les attributions sont faites. Vu le nombre de demandes, il y a forcément des critères subjectifs » a indiqué Chloé Jaillard.
Les élus de la Ville citoyenne ont toutefois conservé une représentation au CCAS, au conseil de GPSO dont M. Gaborit a obtenu la présidence de la commission des finances, et ont acquis de haute lutte un retour au conseil d’administration de la SPL, qui s’occupe des terrains Renault. Avec les limites évoquées plus haut sur l’accès à l’information.

Enfin, depuis 2008, les élus d’opposition ne bénéficient plus d’une adresse mail mairie, contrairement à leurs collègues de la majorité. Ils ne disposent pas non plus de cartes de visite de la ville. « Nous nous en sommes fait nous-mêmes de plus jolies » a souri Chloé Jaillard.
On suppose qu’il faut s’en réjouir.