Habitant du quartier Rives de Seine, érigé sur les anciens terrains Renault, le photographe Philippe Charlot a entrepris de capter la mutation urbaine qui se déroulait sous ses yeux. Son projet, Ville Nouvelle / Nouvelle Ville, touche à sa fin.

Des grues jusqu’au plus haut du ciel s’inscrivent dans l’arrête de façades en construction. Des grilles et palissades bordent des immeubles neufs, longés par des écoliers hauts comme trois pommes. Des bâches enveloppent le pont Daydé à la Christo. Une poussette croise un Caterpillar… C’est ce foisonnement rare, dans la ville habitée, que cerne avec justesse l’œil de Philippe Charlot.

"Voici une photo qui illustre parfaitement l'esprit de frontière ; Le décor pur et blanc  aux lignes dures, le reflet sombre du passé et du chantier en cours... et ce personnage qui semble flotter. Il flotte mais il avance !"

« Voici une photo qui illustre parfaitement l’esprit de frontière ; Le décor pur et blanc aux lignes dures, le reflet sombre du passé et du chantier en cours… et ce personnage qui semble flotter. Il flotte mais il avance ! »

Ce photographe professionnel, ancien journaliste, s’est installé l’année dernière sur le Trapèze : « J’ai vécu en 2013 une année d’expat à Montréal et j’ai été frappé par l’importance de comprendre le lieu immédiat où l’on vit, son environnement proche. Alors, de retour à Boulogne-Billancourt et dans un quartier tout neuf, il m’a paru évident que je devais l’arpenter boîtier à la main pour en devenir familier. Le sujet en lui même, cet intérêt pour la transition urbaine est apparu au fur et à mesure des images. Il s’est imposé de lui-même et je crois que c’est assez évident lorsqu’on regarde la série chronologiquement » explique-t-il.

L’envergure de l’aménagement donne le vertige : les Boulonnais ne s’en rendent pas forcément compte, mais sur ces 40 hectares, l’équivalent de 10 % de la population actuelle de la ville sont attendus à terme. « Les premiers habitants s’y sont installés depuis 4 ans, en même temps que les premières entreprises ; restaurants, commerces, sièges sociaux, écoles ou crèches…. C’est une ville dans la ville qui prend vie. Tout autour, demeurent les habitants de Billancourt, anciens ouvriers de la Régie et habitants d’immeubles rénovés. Dans les rues fraichement goudronnées, les poussettes des nouveaux riverains croisent les bâtisseurs chapeautés de casques. Trois peuples se croisent dans ce nouveau territoire en mutation » décrit Philippe Charlot.
Dans ce quartier qui change au jour le jour, le photographe est un observateur privilégié.

"Deux autres mondes, celui de l'adulte qui va vers la gauche, un peu courbé et celui plus aérien et joyeux de l'enfance. C'est une composition et une vision un peu Doisneau, un clin d'oeil au nom de l'école."

« Deux autres mondes, celui de l’adulte qui va vers la gauche, un peu courbé et celui plus aérien et joyeux de l’enfance. C’est une composition et une vision un peu Doisneau, un clin d’œil au nom de l’école. »

Régulièrement, il fixe ce qui demain déjà aura changé, composant une série, Nouvelle Ville / Ville Nouvelle, qui comprend déjà cinquante clichés publiés sur son compte Twitter, le support privilégié de l’expression éphémère contemporaine…. Des photos numériques, traitées en noir et blanc pour renforcer la construction graphique et la tension entre les lignes nettes de l’architecture et la labilité de la vie.
En ce début de printemps, le projet, amorcé en décembre, touche à sa fin. « Ce qui est intéressant pour moi, c’est la transition et le croisement éphémère des ‘peuples’. Nous sommes aujourd’hui au ‘mélange maximum’ entre bâtisseurs, nouveaux habitants et riverains ‘historiques’. »
D’ici quelques semaines, Philippe Charlot, suspendra son travail, mais ce sera pour lui donner une nouvelle vie : « J’aimerais monter une exposition à Boulogne. J’ai des amis près du TOP. Ils ne connaissent pas du tout le nouveau trapèze ni l’ampleur du projet. J’aimerais pouvoir faire un pont entre ces deux Boulogne. Une expo avec pourquoi pas une invitation à venir retrouver in-situ les lieux des prises de vue… »

En attendant cette mise en abyme, Philippe Charlot a commenté trois de ses clichés pour nous. Suivez l’ensemble de son projet sur Twitter @CharlotP !

"Une jolie démonstration de la cohabitation des "peuples" du Trapèze. Bâtisseurs et habitants (et particulièrement la jeunesse)  ensemble sur un même visuel. La plupart du temps, je choisis un cadre, un lieu et je patiente, j'attends l'infant décisif. Ce matin-là, aux alentours de 8 h 15, les chantiers venaient de reprendre et la cloche de l'école n'allait pas tarder à sonner..."

« Une jolie démonstration de la cohabitation des « peuples » du Trapèze. Bâtisseurs et habitants (et particulièrement la jeunesse) ensemble sur un même visuel. La plupart du temps, je choisis un cadre, un lieu et je patiente, j’attends l’instant décisif. Ce matin-là, aux alentours de 8 h 15, les chantiers venaient de reprendre et la cloche de l’école n’allait pas tarder à sonner… »