Les 22 et 29 mars prochains, les électeurs sont appelés aux urnes pour le scrutin des élections départementales nouvelle formule : sur des cantons redécoupés, des tandems de candidats briguent un mandat aux compétences encore non définies par le Parlement. Une première !

Les avatars du département

Dans le cadre de la réforme territoriale amorcée sous la précédente majorité, les conseillers généraux auraient dû disparaître en 2020 et voir leurs compétences transférées, qui à la Région, qui à la Métropole, et qui aux Conseils de territoire. Il avait été prévu un statut de transition, avec des élus tout à la fois régionaux et départementaux.
Mais les départements ont plaidé leur cause, et dans le mille-feuille territorial, il restera de la place pour ces instances, dès lors rebaptisées « conseils départementaux ».

Moins de cantons, mais plus d’élus

Tour de force : les cantons ont été refondus, ce qui devrait nous permettre d’avoir… encore plus d’élus ! Dans le 92, on passera ainsi de 45 à 46.

La carte des nouveaux cantons, mise à jour par la Préfecture

La carte des nouveaux cantons, mise à jour par la Préfecture

Symbolique ? Oui et non. Est-on vraiment à un élu près ? d’autant que souvent, ils cumulent plusieurs postes. Et puis, l’instauration de ces binômes par canton donne un sensible coup d’accélérateur à la représentation des femmes, toujours bridée par les scrutins uninominaux. Qu’on en juge : de 12 actuellement, elles seront 23 à la fin du mois. De nouvelles têtes en perspective ! Ainsi, sans cette réforme, la directrice de cabinet du maire de Boulogne-Billancourt, accessoirement maire adjointe à Issy les Moulineaux, n’aurait sans doute pas pu être conseillère générale de sitôt, alors que, candidate pour la première fois, elle part favorite sur le canton n°15. Sur un canton voisin, c’est une élue locale déjà sénatrice qui se dévoue.

Des élus, mais pour quel mandat ?

Un bon sujet pour les grands oraux de fin d’année : Peut-on, constitutionnellement, accorder un mandat aux compétences indéfinies ? La réponse est oui !
L’actuel projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe pour les intimes) est actuellement en discussion au Parlement, et le calendrier est tel qu’elle ne sera adoptée qu’après l’élection…
Pour ce que l’on en sait, alors que le texte est passé devant l’Assemblée cette semaine, les conseils départementaux devraient conserver leurs compétences en matière d’aide sociale, de gestion des collèges ou encore d’une partie de la voirie. Grave sujet de discussion en revanche : la disparition de la clause de compétence générale, qui permettait aux départements d’agir en-dehors de leurs compétences régaliennes. Par exemple, pour citer un cas proche de nous, dans le domaine de la culture… si l’article passe, c’en sera fini au niveau du département de ces grands projets certes plus visibles que l’aide aux personnes âgées dépendantes. La révision des compétences est donc un enjeu de taille, qui n’a pourtant pas justifié aux yeux du législateur, au choix, le changement du calendrier électoral ou celui du calendrier parlementaire. Une première.

La situation à Boulogne-Billancourt

Pas étonnant que l’on ait du mal à s’y retrouver. Et les candidats ne sont pas en reste.

Les forces en présence

Suite au redécoupage, Boulogne compte désormais deux cantons, dont un en partage avec Sèvres. Dans l’ordre du tirage de la Préfecture :

– 5 binômes à Boulogne Nord (canton 4) :

  • Chloé Jaillard et Jean-Michel Tisseyre (PS)
  • Mireille Brion et Rémy Dor (FN-RBM)
  • Pierre-Christophe Baguet et Armelle Gendarme (UMP-UDI)
  • Sandra Talbot Langlois et Etienne Almayrac (FDG)
  • Chekra Kaabi et Baptiste Audet (EELV)

 

– 5 binômes à Boulogne-Sèvres (canton 5, un Boulonnais et un Sévrien) :

  • Martine Pincemin et Julien Dufour (FN-RBM)
  • Catherine Cyrot et Nicolas Gaborit (PS)
  • Isabelle Goïtia et Gilles Chobert (PC-FDG)
  • Marie-Laure Godin et Grégoire de la Roncière (UMP)
  • Isabelle Turmaine et Emmanuel Saint-James (EELV)

urne - Une

Sur ces cantons historiquement à droite, on voit que la droite justement a eu à cœur de se rassembler (des Chrétiens Démocrates à l’UDI, entre titulaires et suppléants), alors que la gauche part en ordre dispersé. C’est que cette élection, dès lors qu’on ne la gagne pas, reste une belle occasion de participer au débat public et de mesurer l’état des forces en présence.
À un vrai bémol près : traditionnellement peu prisées des électeurs, les élections départementales cette année sont créditées de… 57 % d’abstention ! Un enjeu général, que le FN a pris à bras le corps en se posant d’emblée comme une alternative à l’abstention.

Une campagne azimutée

Le décor planté, on a encore un peu de mal à s’y retrouver.
En bons animaux politiques, nos élus ou aspirants, eux, s’en sortent beaucoup mieux, et scellent avec cette élection de durables réconciliations. Ainsi, Thierry Solère, vice-président du Conseil Général, a bien cédé sa place à Pierre-Christophe Baguet, à qui il s’était opposé lors des municipales de l’an dernier. Mais, tout comme Laurence Roux-Fouillet, challenger de Grégoire de la Roncière à Sèvres en 2014, le subit et récent intérêt des impétrants pour l’actualité politique régionale nous permet d’être confiants en leur avenir.
Au FN, Rémy Dor avait été vivement poussé par Julien Dufour pour figurer sur la liste des Européennes. Coiffé au poteau, le candidat tente cette fois-ci une campagne sur son nom.
On retrouve aussi de véritables routiers des cantonales, à l’instar de Chloé Jaillard. À 25 ans, la jeune candidate et conseillère municipale PS bat la campagne départementale pour la seconde fois. Jean-Michel Tisseyre, ancien conseiller municipal, qui fut son suppléant, est désormais son binôme sur le canton nord.
Dans le sud, Isabelle Goïtia (PC) se présente fidèlement sur ce terrain depuis 2008.

L'échangeur de la Manufacure -projet Cr Cg92

L’échangeur de la Manufacure -projet
Cr Cg92

Côté programme et slogans, il y a aussi des surprises. Ainsi, « Défendre les Boulonnais » intrigue : le département menace-t-il la ville ? Pourtant, on se souvient que Patrick Devedjian avait été présenté par le maire comme « le père Noël des Boulonnais » l’année dernière. À la lecture de la profession de foi, on comprend que la menace émane moins du département, que de la péréquation financière qui affecte les collectivités à l’échelle régionale et nationale. Autre question induite, la gouvernance du conseil si chacun y défend sa ville contre les autres, mais bon.
Avec respectivement « La solidarité n’est pas qu’un slogan » et « Place à l’écologie », les socialistes et EELV annoncent la couleur. Le Front national, en dénonçant « les trahisons de l’UMPS » s’inscrit dans la campagne nationale de son parti. Le Front de gauche, enfin, ratisse large, en trois adjectifs, « solidaire, écologique et citoyen ».

Les berges de la Seine et la voirie proche relèvent en partie du Département

Les berges de la Seine et la voirie proche relèvent en partie du Département

Les berges de la Seine sont au programme de plusieurs candidats (UMP, PS, EELV), et pour cause ! Longées par des voies départementales, elles représentent 8km autour de la ville.
De voirie, il est d’ailleurs question, le FN souhaitant « améliorer les infrastructures », le PS « pacifier la coexistence entre piétons, deux roues et voitures », EELV « pacifier la circulation », et l’UMP « développer les modes de circulation douce ». Tous ces candidats se rendront-ils au rendez-vous fixé mardi prochain par Environnement 92, l’association des Usagers des transports et le Collectif Val de Seine, qui regroupe 20 associations de GPSO, sur l’échangeur du Pont de Sèvres et ses connexions urbaines ?

Devenez assesseur !

Il leur reste en tout cas une semaine pour convaincre. Quant à vous (é)lecteurs, vous pourriez faire plus que votre devoir civique : le maire est à la recherche d’assesseurs pour alléger la facture globale de cette élection (100 000 euros par tour de scrutin). Il suffit d’être électeur et d’avoir du temps à donner ces deux dimanches de mars, n’hésitez pas !