Au 41 rue de l’Est, s’est ouverte le 9 juin VOZ’Galerie, dédiée à l’art de la photographie

Un vaste espace, blanc et lumineux, dont les larges fenêtres s’ouvrent sur une rue tranquille, à quelques centaines de mètres de la Bibliothèque Marmottan. Trois femmes, Ivane Thieullent, la directrice, et ses deux partenaires, Audrey Turpin et Maryline Reverdy, animent ce nouveau lieu de culture.
L’exposition inaugurale, intitulée « Bestiaire », fait découvrir jusqu’au 14 octobre, un certain regard sur nos amies les bêtes. Loin du reportage simplement descriptif, grâce à la puissance créative de la dizaine d’artistes français et étrangers exposés, les animaux de « Bestiaire », le lapin à lunettes, Albrecht le Rhinocéron ou le gorille au regard sombre, nous surprennent, nous dérangent et nous font ressentir. Ce qui est le propre de l’art…
Pour mieux découvrir ce nouveau lieu, Véra a rencontré  Yvane Thieullent…

Yvane Thieullent-Audrey Turpin-Maryline Reverdy

e-bb : Pourquoi avoir choisi d’installer votre galerie à Boulogne Billancourt ?

Yvane Thieullent  : Bien que je sois boulonnaise, quand j’ai cherché un lieu pour créer la galerie, je me suis demandé si je n’allais pas m’installer à Paris. Nous existions déjà comme galerie hors les murs, dans les foires et les expositions ; mais au cours de ces manifestations, nous nous sommes aperçues qu’à peu près 80 % de nos acheteurs étaient de la banlieue Ouest et que près de la moitié de ces derniers, étaient de Boulogne. Cela n’a d’ailleurs rien d’étonnant ; Boulogne est LA ville culturelle de la banlieue ouest ; son rayonnement est tel que l’on y vient de partout. Galeries, musées, y sont nombreux et la ville offre beaucoup de perspectives dans le domaine de la Culture.
e-bb. Quels sont les liens entre la ville et l’art de la photographie  ?

Too late

Y.T. : Il y a bien sûr le Musée Albert Kahn. Mais Boulogne est assez liée au monde de l’image, avec les studios de Billancourt, les agences de publicité. En fait, il existe dans notre ville, une très forte culture de l’image, grâce aux groupes de presse et aux agences de production qui y sont installés ; cela est important pour la galerie et la banque d’images que nous possédons.
e-bb. Comment en êtes-vous arrivée à créer et diriger VOZ’Galerie ?
Y.T. : Après des études de communication, et une première expérience professionnelle comme commerciale dans des agences de publicité, j’ai été assez vite attirée par le domaine de la création. J’ai commencé alors à travailler directement avec des photographies et à « vendre » des photographes ; c’est le domaine de l’achat d’art dans un agence de publicité, avec la charge de choisir les artistes qui vont proposer une publicité, et de trouver la perle rare…

Albrecht

J’ai été également photographe. J’avais un petit studio où j’accueillais des œuvres d’artistes amis. J’ai donc fait le tour de professions qui m’ont été utiles, pour devenir ce que je suis maintenant.
e-bb. Actuellement, presque tout le monde photographie avec son portable, son appareil numérique… tout et n’importe quoi… Comment dans ce contexte, se situe la photographie comme Art ? Et comment repère-t-on la valeur artistique d’une photo ?
Y.T.  : Il est vrai qu’avec les appareils numériques, on « mitraille » car cela ne revient pas cher, comme du temps de la photo argentique ; mais j’aide les photographes à choisir parmi toutes leurs photos, celle qui a une valeur artistique…
C’est justement le travail du galeriste de la détecter, d’essayer de la définir, même si l’on sait qu’il y a dans cette définition, une grande part de subjectivité…
J’ai ainsi découvert des « petits jeunes » qui débutaient, et j’en suis fière. Arno Brignon par exemple, était éducateur de jeunes en difficulté ; photographe par passion, il l’était aussi pour créer une activité pour ces jeunes. Maintenant il est à la Bibliothèque Nationale de France ; j’avais senti chez lui une sensibilité particulière, et mon intuition a  été confirmée par les autres.
Pour repérer un talent, il faut être capable de mettre de côté sa propre sensibilité et ses propres goûts ; il faut oublier son éducation pour permettre l’émergence d’une émotion, d’un sentiment. La beauté et l’aspect artistique doivent nous faire oublier nos préjugés…
e-bb. Quels sont vos projets  ?
Y.T.  : D’autres expositions vont suivre bien sûr, soit collectives, soit individuelles. Individuelle, consacrée à un photographe déjà lancé, mais qui inviterait un débutant… Collectives, qui se tiendraient dans le sous-sol, car la scénographie de VOZ’Galerie a été conçue avec notre architecte Christophe Jest, Boulonnais lui aussi, en deux parties ; toute la couleur en bas au sous-sol « espace noir », le blanc en haut, au rez-de-chaussée « espace blanc ».
Et ce lieu se veut aussi un lieu de débats, de réflexion sur la photographie, de rencontres.
e-bb. Une dernière question : parmi toutes ces photos exposées, quelle est votre préférée  ?

Au cirque

Y.T.  : Ce n’est pas une question facile… Je crois que c’est celle qui s’intitule « Au cirque » et qui représente deux éléphants dos à dos ; elle est intemporelle, austère, expressive et en même temps il y a de l’humour dans cette photo prise devant une bâche de cirque toute simple…