En janvier dernier nous avions adoré la représentation de L’importance d’être sérieux, traduit par Jean-Marie Besset et mis en scène par Gilbert Desveaux. La pièce revient au TOP en cette fin de semaine.

Hier soir avait lieu au TOP la première de L’importance d’être sérieux, une nouvelle traduction de la pièce d’Oscar Wilde par Jean-Marie Besset, mise en scène par Gilbert Désveaux. Immense succès !

Grande Bretagne, fin de siècle. Deux jeunes dandys, Jack (Mathieu Bisson) et Algernon (Arnaud Denis), trompent l’oisiveté sur leur sofa, sous l’œil phlegmatique et complice d’un domestique amidonné (Matthieu Brion).

Mathieu Bisson, Maryline Fontaine, Mathilde Bisson et Arnaud Denis en plein vaudeville - CR Marc Ginot 2013

Mathieu Bisson, Maryline Fontaine, Mathilde Bisson et Arnaud Denis en plein vaudeville – CR Marc Ginot 2013

L’un, trop désinvolte, s’est inventé un ami à la longue agonie, tandis que l’autre, trop sérieux, court après un frère imaginaire aux frasques sans fin. Ce dédoublement n’est que le début d’une succession de jeux de miroirs amorcés par cette réplique :
– La vie conjugale, c’est beaucoup moins ennuyeux à trois !
– Tu lis trop de pièces françaises…
Ce ne sera donc pas trois, mais quatre : quatre comme deux couples d’amoureux, quatre comme les deux jeunes gens et leurs doubles, et six, lorsque la même doublure se retrouve engagée dans deux idylles différentes. Derrière cette figure, la dualité fondamentale des êtres qui s’attirent, se chamaillent, s’aiment comme des frères – ou comme des sœurs – jusqu’à faire en sorte de l’être. Là réside peut-être le véritable dénouement.

Lady Bracknell (Claude Aufaure) minaude devant son neveu dont elle régente la vie.

Lady Bracknell (Claude Aufaure) minaude devant le neveu dont elle régente la vie.

Quant aux pièces françaises, il y en a aussi : Wilde pastiche allègrement mélodrames et vaudevilles avec un talent fou, sur une trame dont la fantaisie n’a d’égal que l’esprit. Jack donc, est épris de Gwendolen (Marilyne Fontaine, excellente en Londonienne fantasque), la cousine d’Algernon. Lequel, par désœuvrement d’abord, s’intéresse à la mystérieuse pupille de l’ami Jack (Mathilde Bisson, tout droit sortie de Et Dieu créa la femme). Les deux jeunes filles ont en commun un curieux idéal : la certitude que leur bonheur dépendra du prénom de leur conjoint. S’il s’appelle Ernest (qui sonne comme earnest, c’est-à-dire sérieux), leur avenir est assuré. En tout autre cas, mieux vaut ne pas y penser. Jack et Algernon sont bien décidés à surmonter l’obstacle… Jack s’appelle Worthing, peut-être que ça compte ? Las ! sur le chemin de tout ce petit monde se dresse la terrible Lady Bracknell, véritable virago agrippée aux convenances comme une harpie. On salue la prestation de Claude Aufaure, tour à tour inoffensif pasteur de campagne et impitoyable vieille mondaine !
De quiproquos en anathèmes, tout finira bien dans le meilleur des mondes… possibles, les comparses jouant le jeu de l’amour sans illusion quant à sa pérennité conjugale (« Tu crois que Gwendolen ressemblera à sa mère ? » « Toutes les femmes deviennent comme leur mère, c’est là leur tragédie. En revanche, cela n’arrive à aucun homme ; c’est la leur.« ).

La nouvelle traduction de Jean-Marie Besset rend toute sa fraîcheur à cette comédie centenaire. Maniant le zeugma et l’hyperbate de main de maître, il impulse un rythme étourdissant à la pièce où chaque personnage, même la terrible tante, rivalise de mauvais esprit dans une débauche de bons mots. C’est revigorant et réjouissant à souhait ; Wilde le paria se vengeait de la société victorienne en la faisant rire au miroir de son propre reflet et, à maints égards, cela marche toujours.