Loin de Cannes, des stars, paparazzi et cohues de strass et paillettes, l’un des plus mythiques réalisateurs actuels, celui qui, paraît-t-il, est incapable de tourner un navet, Woody Allen en personne, a élu domicile chez Ivane Thieullent et son équipe jusqu’au 20 septembre prochain.

Lou Doillon au milieu des visiteurs de la Voz'Galerie - CR F. Vallerie-Chastel

Lou Doillon au milieu des visiteurs de la Voz’Galerie – CR F. Vallerie-Chastel

Installé de profil dans une bergère style Louis XV, réfléchit-il à un futur scenario, élabore-t-il les répliques qui font mouche (archiconnue mais si goûteuse : »L’éternité, c’est long, surtout vers la fin… ») ?… À chacun son interprétation, car le génie est muet. Il se contente d’être simplement là, photographié au Crillon par Arnault Joubin, qui expose depuis le vernissage du 16 mai dernier, ses photographies dans la galerie.

VOZ présente trois facettes de son travail. Au sous-sol, un ensemble de « Paysages naturels » en clair-obscur, évoque des estampes japonaises, rappelant qu’Arnault Joubin est un homme sous influence du Japon où il a séjourné à plusieurs reprises, et dont il maîtrise l’un des arts martiaux traditionnels, le kendo.

Les doudous - CR F. Vallerie-Chastel

Les doudous – CR F. Vallerie-Chastel

Dans la petite salle du rez-de-chaussée, voici un tout autre registre de son inspiration, les « Doudous », peluches de l’enfance, tête à l’envers ou à moitié coupées au cadrage, sales et défraîchies. Mais Joubin parvient à restituer le regard amoureux de l’enfant devant un objet si chéri que, même adulte, on ne l’oublie jamais.

La troisième partie de l’exposition est constituée de portraits, car l’artiste est un photographe de renommée internationale, reconnu pour son travail en tant que portraitiste de célébrités.

César, par Arnault Joubin - CR

César, par Arnault Joubin – CR

Parmi les quelques dizaines accrochés aux cimaises, des acteurs, des chanteurs, des sportifs, qu’il m’est impossible de tous nommer. Mais ont particulièrement accroché mon regard, Charles Trenet, s’amusant à faire croire qu’il va se planter une fourchette dans l’œil (un clin d’œil à Salvador Dali ?) ; Romain Duris grimaçant et hirsute, loin du Colin de l’Écume des Jours ; Benoît Poelvoorde, pensif et silencieux ; Eddie Mitchell photographié de près, le visage caché derrière ses mains, si bien qu’on ne voit qu’un nez, des yeux et des sourcils broussailleux… Mais quel que soit le sujet, l’approche est toujours la même : dépasser la façade célèbre et aller saisir dans l’œil de Charles ou les sourcils d’Eddie, la personne…

La galerie de portraits d’Arnault Joubin est si riche, allant du sculpteur César à Jacques Chirac en passant par Zidane qu’il m’a semblé qu’il n’avait plus rien à souhaiter : eh bien si, il lui reste un rêve à réaliser, faire le portrait officiel du président de la République, celui qui sera affiché dans les mairies de France et de Navarre. Rendez vous donc en 2017 …

Post scriptum. Un vernissage est aussi un moment de convivialité ; et qui dit convivialité, dit musique (Paolo Conte accompagnant les « Paysages naturels » du sous-sol) et buffet (Chris Cardon, son nouveau propriétaire, présentant un festif Château La Haye Saint Esthèphe)…